Mercredi 30 mai 2018, se tenait au Centre Paris Anim’ Tour des Dames, la 5ème édition du Forum Tous en Campagne Contre les Discriminations. Cette journée a permis de véritables échanges entre professionnel·le·s de la lutte contre les discriminations et francilien·ne·s récemment sensibilisé·e·s à cette question. La journée a démarré avec la tenue d’une table ronde sur la question des discriminations multiples et de l’intersectionnalité, notamment en ciblant les questions de racisme, de sexisme et de LGBTQIphobies*.

Cette table-ronde a été introduite par Romuald Dzomo, Délégué Général et fondateur d’ANI-International et Mireille SAKI, Conseillère municipale de la ville de Sevran et Présidente d’association. Son intervention, sous forme, notamment de rappel des valeurs de la République française, ainsi que de la déclaration universelle des droits de l’homme, a permis d’ancrer cette journée dans un contexte de recherche permanente d’égalité et de solidarité.

La table-ronde réunissait Galina ELBAZ, avocate au barreau de Paris et Présidente de la commission discrimination de la LICRA, Manuel PICAUD, Président de Paris 2018, association organisatrice des Gay Games qui auront lieu à Paris en 2018, Xavier ABAUL et Paul-Arthur JEAN-MARIE, tout deux militants au groupe Racisme et Diversité ethnique (R.e.D) de SOS Homophobie et Béatrice LOBÉ, co-fondatrice de Leader en Elle, un réseau de promotion du leadership des femmes afro-descendantes.

Cette discussion a démarré avec un rappel du cadre légal des discriminations, que nous a permis Galina ELBAZ. Après avoir défini la discrimination comme une inégalité de traitement basé sur un critère illégitime (le sexe, l’origine, l’orientation sexuelle, etc.), nous avons pu aborder les cas pour lesquelles plusieurs critères sont possiblement visées par les discriminations. Galina ELBAZ a également pu nous donner un aperçu des cas de discrimination rencontrés lors de procès et au sein de la LICRA (via le service juridique), avec notamment une importance plus grande en nombre de discriminations à l’emploi. Manuel PICAUD s’est exprimé sur les discriminations sur la base de critères “invisibles”, c’est à dire des critères qui ne sont pas visibles a priori, qui doivent être connus de l’auteur.e, par exemple ceux de l’orientation sexuelle ou de l’état de santé. Il a également présenté les Gay Games, une manifestation sportive inclusive : toute personne peut y participer, sans sélection d’âge, de couleur de peau, de genre, d’orientation sexuelle, etc. Il a également pu aborder la question des insultes dans le sport, notamment les insultes homophobes et sexistes, qui peuvent également être vecteurs de préjugés. Enfin, les Gay Games ont l’objectif, selon Manuel PICAUD de déconstruire les préjugés et les discriminations qui peuvent être présents au sein d’une même communauté (qui est elle-même discriminée ou stigmatisée par ailleurs) et donc de permettre une compétition sportive sans discriminations. Cette question des discriminations multiples ou présentes dans des communautés qui luttent par ailleurs contre certaines discriminations a été approfondie par Xavier ABAUL et Paul-Arthur JEAN-MARIE. Xavier ABAUL a abordé les difficultés que l’on peut rencontrer quant à la représentation dans les espace de lutte, lorsqu’on appartient à une “minorité” au sein de la communauté, par exemple lorsqu’on est LGBTQI+ et racisé·e (c’est à dire auquel on va assigner une appartenance à un groupe ethno-raciale ou une origine étrangère). Les personnes LGBTQI+ racisées seraient que très peu visibles dans l’espace public et dans les milieux militants, du fait de préjugés notamment. Le groupe R.e.D. souhaite rendre visible ces réalités notamment à travers des études mises en place. Paul-Arthur JEAN-MARIE a approfondi la question des identités multiples en abordant et en expliquant le terme d’intersectionnalité, grâce à un retour historique sur les luttes féministes et antiracistes américaines. Cette question des personnes se trouvant, dans leur identité, à l’intersection de deux oppressions possibles a été également longuement abordée par Béatrice LOBÉ, à travers le récit de son propre parcours professionnel et la création du réseau Leader en Elle. Elle évoque notamment les discriminations (à l’accès, à la promotion, etc.) dont on peut être victime dans la recherche de stage ou d’emploi, lorsque l’on est femme, racisé·e, d’origine étrangère ou selon son quartier d’habitation, sa religion, etc. en se basant sur les difficultés qu’elle, ainsi que les co-fondatrices de Leader en Elle, ont pu rencontrer. En parlant de ce constat qu’elles ont réalisé et qui a mené à la création du réseau, elle évoque l’importance de se sentir représentée, de pouvoir s’auto-organiser et évoque l’importance de la non-mixité pour cela. La question de la présence d’espaces en non-mixité comme outils de lutte, c’est à dire d’espaces où se retrouvent exclusivement les personnes concernées par l’oppression (par exemple, des groupes de paroles de femmes seulement pour aborder les sujets du sexisme) a permis aux intervenant.e.s d’exprimer leurs différences de point de vu. Béatrice LOBÉ, Paul-Arthur JEAN-MARIE et Manuel PICAUD ont insisté sur la nécessité de tels espaces pour permettrent aux personnes de s’exprimer librement, en se basant par exemple sur les besoins qu’ils et elles ont pu avoir dans leurs propres expériences, tandis que Galina ELBAZ a insisté sur la possibilité de lutter pour une cause pour laquelle on est pas directement concerné et ajoute que l’égalité est un combat qui doit être celui de tous. La question d’un possible “communautarisme” dans les initiatives abordées a également été discutée et invalidée, par exemple concernant les Gay Games, événement finalement plus inclusif et diversifié que les manifestations sportives habituelles.

Le public attentif a pu ainsi s’informer sur différents outils de lutte contre les discriminations que sont les initiatives en faveur de la mise en visibilité des personnes appartenant aux groupes minorisés ou permettant des alternatives aux circuits habituels, notamment dans le sport et dans l’emploi, pour ces personnes potentiellement discriminées.

La fin de cette table ronde annonçait l’ouverture du village associatif. Pendant deux heures les participant·e·s à la journée ont pu découvrir différentes associations qui lutte contre les discriminations. Parmis elles : Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir, une associations de défense des droits des femmes handicapées; Unis-Cité, association de promotion du service civique, qui permet notamment aux volontaires de s’engager dans des missions de solidarité et de lutte contre les discriminations; Intervalles 92, association intermédiaire d’insertion et promotrice du vivre ensemble; Coexister, association de promotion du vivre-ensemble et qui permet de créer du lien social entre jeunes de différentes confessions religieuses et l’humoriste Qing, qui utilise différents stéréotypes et préjugés par le biais de l’humour dans ses sketchs.

L’après-midi a été consacrée à la restitution de campagnes de plaidoyer, réalisées par 5 groupes franciliens : l’Institut Télémaque, Mosaïques 9, l’Association d’Education Populaire Charonne-Réunion (AEPCR), le service jeunesse de la Mairie d’Arcueil et le Centre Socioculturel Maurice Noguès. Après une introduction et des encouragements de la part d’Hélène BIDARD, adjointe à la Maire de Paris, chargée de l’égalité femmes-hommes, de la lutte contre les discriminations et des droits humains, puis de Franck AUBRY, chargé de mission lutte contre la haine anti-LGBT et la haine sur Internet, à la DILCRAH, ce temps a permis aux participant.e.s d’adopter eux et elles aussi une posture d’acteurs et d’actrices dans le combat pour l’égalité, contre les préjugés et les discriminations. Différents spectacles ont ponctués cette restitution. Le jury composé de Franck AUBRY, Manuel PICAUD, Xavier ABAUL et Fatma CAKIR, responsable du groupe Coexister Montreuil, a évalué et conseillé les participant·e·s quant à leur campagnes, puis des prix ont été remis à chaque groupe, pour leur participation dans ce projet. La journée s’est terminée avec un cocktail de spécialités africaines.

L’équipe d’ANI-International remercie chaleureusement les personnes qui ont contribuées à cette journée et félicite une nouvelles fois les participant·e·s au projet Tous en Campagne Contre les Discriminations pour leurs campagnes.

*Le sigle LGBTQI signifie Lesbienne, Gay, Bisexuel·le, Transgenre, Queer, Intersexué, et désigne donc les “minorités” sexuelles et de genre. Les LGBTQIphobies désignent donc les différentes formes d’homophobie, de transphobie.

Article rédigé par Lucy DUFFOURG, volontaire en service civique à ANI.

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